Version courte:
– Il y à 300 kilomètres d’ici à Imilchil, on a un demi plein d’essence, un paquet de cigarettes et 100 grammes de figues sèches
Après un réveil tôt, on compte nos membres, on n’a rien d’amputé à la sauvage, ou alors c’est super bien fait.


Au programme, 293 bornes à faire, en majorité de la piste. J’ai un doute, mais le Renne en Chef me dit que ça se fait.



Mais à force d’observer le paysage, Loulou35 hésite dans un virage entre ravin et gros caillou, pour finalement faire une combo gros caillou+moto à l’envers qui rapporte une chiée de points à Grand Theft Auto 4.
Bilan: une poignée d’embrayage sectionnée, et un tube du collecteur d’échappement salement enfoncé. Pendant qu’on change la poignée, le Renne en Chef part devant, suivi par Bil pour prévenir Akim qu’on va avoir du délai.

10 minutes après, on repart, et on fait bien, foulala, 300 mètres, avant d’attaquer la remontée de l’autre côté du vallon. Et là, la moto de Loulou35, ben elle est pas d’accord. Pas moyen d’envoyer le moindre filet de gaz, elle cale dès qu’on essaie de la faire avancer, elle ne tient plus le ralenti, et bizarrement, elle supporte le starter à chaud.

Je vais pas vous faire toute la session de méca, mais sachez qu’elle a duré facilement deux heures, qu’on a diagnostiqué un moteur tournant trop pauvre, et qu’en bidouillant la vis de richesse, ça semblait aller mieux.
On a tenu les autres au courant, ils nous attendent au village suivant, on repart. C’est moi qui ai la trace GPS, donc j’essaie de suivre le parcours. Arrivé à un endroit, je soupçonne qu’on a raté un embranchement, donc je m’arrête à l’entrée du haut plateau. Zoom s’arrête à côté de moi, mais pas Loulou35 ou Midi134. On les voit passer, faire tout le tour du plateau, et disparaître 5km plus loin de l’autre côté. On a klaxonné comme des malades, fait de grands signes, ils n’ont rien vu ni entendu.

Leur version après les faits c’est
– ouais mais on avait peur d’arrêter la bécane à Loulou, donc on a tracé
A mon avis la vrai raison c’était de m’abandonner avec Zoom, le “boucher du Gers”. Je vérifie mon portable, pas de signal. Super.

Après avoir poireauté une heure sur ce plateau, fumé la moitié de mon paquet de clopes, et bouffé tout le paquet de figues sèches qui constituaient nos réserves, on finit par arriver à se synchroniser entre le groupe qui attend depuis 3 heures au troquet plus loin (Bil, Akim & Renne en Chef), le groupe qui ne sait pas suivre le gars qui a le GPS (Loulou & Midi134), et les Blues Brothers (Zoom & moi)
On colle donc nos lunettes de soleil, et on rejoint ceux qui sont au troquet, non mais. Après une belle descente bien trialisante avec troncs d’arbre, monotraces, ornières dans lesquelles tu peux perdre ta moto (voire ton tracteur), on se fait une bouffe à Aghbalou N’Cerdan.
Apparemment, pendant qu’on mécaniquait, Bil aussi s’est perdu, et Akim aussi, ce qui fait que lorsqu’on rejoint Renne en Chef, Akim & Bil, ils ont tous les trois pris des itinéraires différents.

Reste plus que 120 bornes jusqu’à Imilchil, l’étape du soir. Ouais, 120 bornes à vol d’oiseau. Et il est 15h.
On prend une piste pour couper à travers un massif montagneux.

A la station essence, un vieux nous dit à droite 100km de piste. Le GPS me dit à gauche 150 de route, il est tard, route.
La route a le gros défaut de contourner la montagne. Arrivé vers 17h30 à Zaouiat Cheikh, le GPS m’annonce toujours 150km de route, et plus de 2 heures pour les faire. A mon avis, il se fout de notre gueule, non?
On fait une pause bouffe, durant laquelle j’ai bouffé les meilleures kefta du voyage. Renne en Chef nous fait le coup de “j’ai pas faim”, pour ensuite bouffer deux brochettes de dinde dans un sandwich.
On repart, et là, la route se transforme en route en construction. Pour ceux qui savent pas, c’est comme une piste, mais avec 3 camions tous les 100 mètres. Là je me suis vraiment fait peur dans un virage, j’ai vu le côté d’un C15 arriver en sens inverse de très très près. Avec trois p’tit blocage de roue avant coup sur coup pour tenter de réduire un peu la vitesse. Je sais pas qui a eu le plus peur entre le pilote du C15 et moi, mais je peux vous dire que pendant la demi heure qui suivait, tu me collais une olive dans la raie, je faisais un litre d’huile

Vers 20h, on rejoint Akim qui nous attend à un carrefour proche de Tizy N’Isly, on est tous crevés, Renne en Chef est parti loin devant, on n’a aucune nouvelle de Midi134 ou Loulou35 qu’on a perdu depuis midi, bref, le moral est pas au top. Il reste 70 bornes jusqu’à Imilchil, on décide de les faire en mode très très pépère.
Pour l’anecdote, dans une portion ou je roulais en queue de groupe, je vois un deux roues arrêté sur le côté, phare allumé. Il fait nuit noire, donc je m’arrête, pensant que c’est soit un des nôtres, soit peut être le Renne en Chef. Là, un gars sort de nulle part, et me dit, avec la voix d’un hippie en overdose de LSD:
– viens chez moi monsieur
Euh oui mais là tout de suite non, hein? Je passe la première. Moto qui cale, qui veut pas redémarrer. Génial, c’est pas le Boucher du Gers qui va me débiter en morceaux, c’est Ali Ben Casimir qui va me droguer au gloubi boulga de l’Atlas
Je vous passe le reste du voyage à 30km/h; dans une montée à 10 bornes d’Imilchil, on voit un grand tout maigre pousser une moto avec un drapeau de Daesh dessus.
M…e, c’est mon gendre! s’écrie Zoom
Le Renne en chef aussi est là, il aide à pousser, bref, le groupe est au complet.
La moto de Loulou35, qui tournait trop pauvre ce matin, tourne maintenant bien trop riche, au point de cramer environ du 20/25l aux 100km, et il est en panne sèche pour la 3ème fois de la soirée
Anecdote: Renne en Chef et Midi134 ont d’abord tenté de siphonner le réservoir de la Katoche. Mais Loulou35a bien du boire 50cl d’essence pour à peu près autant siphonné dans le bidon… donc ils ont choisi l’option que Renne en Chef fasse un aller/retour 2x13km pour remplir à la station: plus simple. Midi134 aurait dit à Loulou35:
– c’est l’eau qu’il ne faut pas boire au Maroc, mais l’essence tu peux
On arrive finalement à Imilchil vers 22h, et je pense avoir bien mis 18 secondes à m’endormir.
Et demain matin, pour pas perdre la main, il y a de la mécanique à faire…
