En ce matin du 10 Octobre, JK2R et Némo se lèvent avec l’œil vitreux et le filet de bave séché de ceux qui ont dormi devant l’écran de l’ordinateur.
Tout le monde semble à peu près en bonne santé. Le petit déjeuner est bien garni. On ne se presse donc pas trop pour partir. Après tout, hier, on a pris de l’avance sur l’étape d’aujourd’hui, non? Aujourd’hui, on doit rejoindre le mythique Cirque de Jaffar, et ce soir, dormir vers Kerrouchen. Une petite étape courte, c’est l’avant dernière étape de pistes. On se dit naïvement que “ça va passer crème”
Nous voilà donc partis d’Agoudim. Les motards nous attendent un peu, et sont assez courtois pour nous filmer lors un passage d’oued.
Néanmoins, leurs racines “Ready to Race” refont surface assez vite, et ils disparaissent de notre horizon. Nous continuons à notre rythme, et tombons sur un champ d’arganiers au détour d’une colline. C’est l’occasion de faire une pause café/photo/clope. En cherchant ma copilote, je m’aperçoit qu’elle s’est éclipsée, pour aller discrètement piller un des arbres, dans l’espoir de confectionner sa propre crème de beauté à l’huile d’argan…

Sur la route, on retrouve les mêmes paysages qu’hier, avec une alternance de cultures, et de décors rocheux.
On quitte la route pour la piste devant nous emmener au Cirque de Jaffar. Le long de la piste, on retrouve les mêmes arbres biscornus qu’hier. Je ne sais toujours pas ce que c’est, mais ils avaient tout à fait l’air d’Ents sortis de l’imagination de Peter Jackson
On croise un motard en KTM 640 adventure qui va en sens inverse. On s’arrête, discute 2 minutes, et on demande s’il a vu 3 KTM allant dans le même sens que nous
– 3 KTMS, yes! Very fast!
Pas de doutes, c’est bien les nôtres

On arrive enfin en haut du cirque de Jaffar, et allons attaquer la plaine de roche qui tapisse le fond de la vallée, en amont du canyon. Quand au milieu de la piste, on voit un jeune Marocain d’une dizaine d’années qui attend, debout, en plein soleil…
– Salut, tu fais quoi là, mon bonhomme?
– Salam! Tonfer à repasserOpel Frontera de 2000 série B a une garde au sol qui ne dépasse pas les 25 cm. Par cotnre, ton ami en Range a un peu plus. La piste a parfois pas mal de roches qui dépassent, si tu veux, je te guide…
– Euuuuh, ouais, mais ça va aller car….
– Je sais! Tu as fait rehausser ta suspension, j’ai vu! Mais ça ne suffira pas. Viens, suis-moi!
– Oui monsieur!

S’ensuit une traversée de la mer de roches, où ce gamin nous a guidé, en courant devant nos véhicules, nous indiquant de manière très professionnelle les trajectoires à suivre, en poussant régulièrement les rochers saillants, etc… Visiblement, il n’est est pas à son coup d’essai!
Au milieu de cette mer de roches, un village est installé. Ce sont les villageois à la mendicité la plus agressive qu’il m’ait été donné de rencontrer au Maroc. On a voulu s’arrêter, pour leur demander si on pouvait partager quelque chose avec eux, mais les gamins et les femmes du village ont littéralement pris d’assaut le 4×4.
Le gamin qui nous guidait ne faisait pas partie du village. Il nous a encouragé à reprendre la route très rapidement. Nous sommes donc remontés dans la voiture fissa, et repartis derrière notre poisson pilote, au milieu de la mer de cailloux. Une nuée de gamins galopait comme des cabris à 10cm des voitures, au risque de se faire rouler dessus, pour nous demander de stopper.
On a continué jusqu’à rejoindre les motos, quelques centaines de mètres après l’entrée du canyon.

A peine arrivés, Akim nous entraîne à l’écart, Ziton et moi. Il a l’air soucieux et nous dit que la pluie a ravagé le fond du canyon. Il doute que les 4×4 puissent passer. On va jeter un œil, à pied, sur les premiers 500 mètres.
C’est un festival de marches à descendre, de slalom entre des roches en équilibre.

Et tout ça sans le moindre endroit pour faire demi-tour si on a un souci.

On discute un moment, en étudiant chaque difficulté comme des Peterhansel chevronnés…

– dans tes rèves, Ziton!
Au bas-mot, il va nous falloir 3 heures pour franchir le canyon. Le Range serait peut-être passé, mais le risque de se retrouver coincés est trop grand. On fait donc demi-tour, en abandonnant les motos, qui peuvent passer plus facilement que nous.
On repart avec notre poisson-pilote, par là où on est venu. Celui-ci se tape l’incruste sur le Range des ZZ Top, et le guide tout au long du parcours. Lorsqu’on repasse près du village on voit la même nuée de gamins bondissants qui jaillit des cabanons. Le guide dit à Ziton de tracer sans essayer de s’arrêter, pour éviter les problèmes.

Le passage est quand même difficile, car on ne veut ni s’arrêter, ni prendre le risque de rouler sur un des gamins du village. Lorsqu’on sort de la vallée, On paie généreusement notre guide. Tout en sachant que c’est une mauvaise idée. En gagnant en une journée ce qu’un métier traditionnel gagne en une semaine, comment encourager les gosses à aller à l’école…
On décide de faire une boucle avant de rejoindre les motards, ce qui nous emmène à Midelt. On y fait une pause déjeuner. C’est ville assez conséquente. Où on trouve même… un café Niçois
Alors qu’on repart le ventre plein en direction de Kerrouchen, on reçoit un SMS des motards
- pas d'hôtels à Kerrouchen, on va plus loin!
On continue donc de rouler vers l’ouest, sans trop s’inquiéter. Le soleil est encore haut dans le ciel, il fait beau…
Alors qu’on approche de l’embranchement de Kerrouchen, on regarde les portables, et on y trouve un nouveau SMS
- on ne trouve aucun endroit où dormir. On fonce plus loin, il commence à flotter ici! On vous appelle quand on a trouvé où aller!

Bref, on ne sait ni où ils sont, ni où dormir. On prend donc une longue pause sur le bord de la route, jusqu’à ce qu’Akim nous appelle
– il n’y a aucun logement disponible avant d’arriver à Khenifra. On doit rejoindre Khenifra ce soir!
Khenifra, c’est la ville qu’on devait traverser demain, après la dernière piste, qui traverse la forêt de cèdres. La partie piste de demain est donc à oublier.
On réalise donc que les pistes, c’est fini. On n’a plus que du bitume qui nous attend, jusqu’à Tanger.

On reprend donc la route pour rejoindre les autres à Khenifra. On est maintenant au Nord de l’Atlas, et même les paysages ne sont plus aussi dépaysants.
On rejoint les motards à la terrasse d’un café, dans la rue principale de Khenifra. On y enchaîne les thés à la menthe, les bouteilles de Pom’s et celles de Ouelmes, sous un crachin sporadique, sans vraiment vouloir aller à l’hôtel.
On reste assez longtemps pour qu’un pigeon marocain décide de faire son nid dans la moto de Papy.
On finira par rejoindre l’hôtel de nuit, sous la pluie. L’hôtel est vide. le gardien nous laisse la baraque pour nous tous seuls. On va traîner dans la salle à manger déserte fort longtemps, assez pour terminer toutes les bières qui restaient dans les frigo des 4×4…
